Introduction Les mines terrestres ont un impact dévastateur sur les
sociétés ravagées par la guerre. Généralement,
elles entravent la capacité des collectivités touchées
de se redresser entièrement après la cessation des
hostilités. À part les dangers immédiats qu'elles
posent, les mines terrestres imposent un lourd fardeau économique
à ces collectivités : il coûte de 300 à
1 000 dollars pour enlever une mine, et de 100 à 3 000 dollars
pour fournir un membre artificiel à une personne blessée
par une mine. (Chez l'adulte, une prothèse doit être
remplacée une fois par trois à cinq ans; chez l'enfant,
une fois par six mois.)
Les mines terrestres ont d'importants impacts médicaux,
psychologiques et économiques aussi. En général,
elles blessent ou tuent les membres les plus productifs de la population
active et empêchent les réfugiés et les personnes
déplacées à l'intérieur d'un territoire
de rentrer chez eux à la fin d'un conflit. De plus, les mines
terrestres ont de graves conséquences sur l'environnement,
elles entravent les efforts de paix et de réconciliation
et elles font obstacle à la livraison d'approvisionnements
de secours international. Pour combattre la crise mondiale des mines
terrestres, il faut " compter parmi les survivants et les blessés
non seulement ceux qui ont posé le pied sur une mine et qui
ont peut-être un membre amputé, mais aussi les familles
et collectivités tenues en otage par ces mines ", affirme
Jerry White, cofondateur du Landmine Survivors Network.
Les enfants Des dix mille civils qui seraient tués ou blessés
par des mines terrestres chaque année, un grand nombre sont
des enfants. Il sont encore plus nombreux à perdre leurs
parents à des accidents de mines ou à porter la lourde
responsabilité de soutenir leur famille après qu'un
membre est blessé ou tué. Les enfants blessés
par mines sont un fardeau pour leur famille et leur collectivité
et ne sont plus vus comme des membres productifs de leur société.
Les enfants sont spécialement vulnérables aux mines
terrestres du fait que leur petite taille les met plus près
de la source d'une explosion. Par conséquent, ils sont souvent
plus gravement blessés que les adultes. Et comme les enfants
ont de la curiosité et aiment jouer dehors, il arrive souvent
qu'ils quittent les chemins connus et sûrs ou qu'ils ramassent
des mines en les prenant pour des jouets.
Par ailleurs, dans beaucoup de sociétés, il incombe
aux enfants de garder le bétail et les moutons. Souvent,
donc, ils suivent leurs animaux dans des régions éloignées
afin de chercher de nouveaux pâturages. Dans certains conflits
armés, les enfants servent de messagers et de porteurs, ou
de dragueurs dans les champs de mines.
Un enfant qui survit à un accident de mine doit faire remplacer
sa prothèse à tous les six mois, compte tenu de sa
croissance. Un adulte, par contre, doit généralement
faire remplacer sa prothèse à tous les trois à
cinq ans. Les coûts des traitements médicaux des enfants
sont souvent prohibitifs; peu de familles peuvent les assumer et
peu de pays ont des prothèses en nombre suffisant.
Impact médical Les mines terrestres ont de nombreuses conséquences directes
et indirectes sur la santé des populations des pays touchés.
Les mines tuent des hommes, des femmes et des enfants innocents
et entravent l'accès aux services médicaux adéquats,
aux immunisations et à l'eau et aux aliments sécuritaires,
ce qui mène à la propagation de maladies. De plus,
beaucoup de ces pays n'ont pas les établissements sanitaires
qu'il leur faut, ou ont des routes et ponts minés qui coupent
des populations entières des services.
Généralement, les mines font perdre l'usage des membres
et des yeux. Leurs victimes perdent d'importantes quantités
de sang, ce qui exige de grandes transfusions. Mais les centres
médicaux des pays touchés par les mines ont souvent
de graves pénuries de sang et sont donc forcés d'alléger
les restrictions sur les dons, ce qui contamine davantage la réserve
de sang. De plus, les victimes qui survivent à leurs blessures
et aux traitements initiaux doivent faire face à une dépendance
permanente sur les services médicaux, dont l'appareillage
régulier de prothèses et du counseling psychologique.
Par ailleurs, les mines terrestres empêchent d'avoir accès
à l'eau potable. Les gens sont donc obligés de boire
une eau sale et contaminée qui peut causer des diarrhées
et du choléra. Sur les champs de mines, les carcasses pourrissantes
d'animaux tués par les mines terrestres deviennent propices
à la reproduction d'insectes (par exemple, les mouches tsé-tsé
et les moustiques porteuses de la malaria) qui transmettent des
virus et des bactéries. Le déploiement de mines rend
de vastes territoires fertiles inutilisables, ce qui mène
à des pénuries de vivres et à une malnutrition
grave. La sous-alimentation est particulièrement dévastatrice
pour la santé et la survie à long terme d'enfants
en développement.
La communauté internationale travaille de concert avec les
pays touchés par les mines pour mettre en uvre des
programmes d'assistance et de réhabilitation des victimes
de mines et promouvoir de vastes campagnes de santé et d'immunisation
qui minimisent certaines conséquences médicales à
long terme des mines terrestres. Mais les finances posent un problème
continu pour l'aide aux victimes et aux collectivités, et
les infrastructures endommagées empêchent de nombreux
gens, surtout ceux qui vivent dans des villages éloignés,
de recevoir des soins adéquats, peu importe la disponibilité
des traitements.
Impact psychosocial Les mines terrestres peuvent causer des traumatismes sociaux
et psychologiques qui sont tout aussi dévastateurs pour les
collectivités que les blessures subies par les victimes.
Hommes, femmes et enfants souffrent de terribles conséquences
psychologiques de la présence de mines terrestres et des
blessures qu'elles causent. Certaines victimes sont défigurées
à jamais; ceux qui vivent dans des zones minées ne
cessent de craindre qu'ils ne seront les prochains. Beaucoup de
victimes sont mises à l'index par leur collectivité
et ne peuvent pas y retourner. Les femmes amputées sont moins
désirables comme épouses, car elles ne peuvent plus
faire le travail des champs qui est leur rôle traditionnel
dans de nombreux pays. Souvent, les hommes amputés deviennent
des vagabonds et les époux se quittent pour des partenaires
en meilleure santé. Enfin, les enfants sont laissés
seuls quand leurs parents sont tués, ou doivent assumer la
responsabilité principale de veiller à des parents
gravement blessés.
La majorité des gouvernements des pays touchés par
les mines manquent de ressources pour soigner et réhabiliter
les victimes de mines ou faciliter leur réinsertion sociale.
Généralement, donc, la responsabilité doit
être assumée par la famille de la victime, qui est
souvent incapable de compter sur ses proches pour obtenir les soins
qu'il lui faut. Comme la majorité des pays touchés
par les mines sont agricoles, une personne handicapée qui
ne peut pas faire de labeur dans les champs est traitée comme
un fardeau par sa famille.
L'aliénation que certaines victimes souffrent est exacerbée
par les conditions de guerre et de famine qui minent les structures
familiales traditionnelles. Les victimes de mines sont les plus
vulnérables membres de leur société, surtout
si cette dernière n'est pas capable de subvenir à
ses besoins et se désintègre.
Les réfugiés et les personnes
déplacées à l'intérieur d'un territoire L'usage de mines terrestres complique les problèmes que
la majorité des conflits produisent pour les réfugiés
et les personnes déplacées à l'intérieur
d'un territoire. De plus en plus, on utilise les mines pour terroriser
les civils et canaliser leurs mouvements; le nombre de personnes
qui abandonnent leur foyer ne cesse donc d'augmenter. Après
la cessation des hostilités, la présence continue
de mines sur les routes et les terrains agricoles et dans les immeubles
empêche les populations déplacées de retourner
chez elles. Cette destruction laisse de vastes territoires sans
habitants et non cultivés, ce qui gêne les efforts
de reconstruction. Enfin, la présence généralisée
de mines force les populations à vivre dans les centres urbains,
rajoutant ainsi aux problèmes d'entassement, de chômage,
de mauvaise santé et de mauvaise hygiène.
Les camps de réfugiés, qui sont souvent improvisés,
surpeuplés et propices aux maladies, ont des problèmes
similaires. Le minage des routes entrave les livraisons d'aide humanitaire
à ces camps. L'afflux de réfugiés dans les
pays voisins peut être un fardeau pour ces derniers et une
source de conflits et de tensions avec les camps.